mardi 4 novembre 2014

C'est un homme dont je ne connais pas le nom...


Quand je voyage, j'aime bien regarder la personne d'à côté ou d'en face.
Je m'imagine son histoire, sa vie, ses hobbies,... Bref, de quoi occuper mon voyage et stimuler un peu ma matière grise.

Lorsque j'étais étudiante à la fac d'Avignon, je faisais les allées retours en bus tous les jours pour rentrer chez mes parents. Grosso modo, j'ai toujours pris le même bus, aux mêmes horaires (ouais la fac c'est cool pour ça !). Le matin à 6h50 et le soir à 17h15.

Durant ces voyages, il m'est arrivé une drôle d'histoire...

Il y avait un homme qui, comme moi, prenait toujours le même bus le soir. Le même bus que moi. Il montait juste à l'arrêt d'avant (ne me demandez pas comment je sais ;)) pour pouvoir s'asseoir dedans, toujours à la même place, vers la moitié du bus.
Toujours bien habillé et présenté, les écouteurs de l'iPhone connectés, il lisait les dernières nouvelles du journal l'Equipe. Cet homme avait aussi une autre particularité :

Il était extrêmement canon. Vraiment. Le vrai de chez vrai canon. Celui que quand tu l'aperçois par la vitre du bus, ton coeur fait boom, tu as limite la bave au coin de la lèvre. 

Celui qui te laisse coi quand tu croises son regard, que tu te perds dans ses yeux, alors que tu aimerais trop engager la conversation avec lui.

Ma soeur m'avait déjà parlé de lui : "rhoooo y'a un gars dans le bus il est beauuu ! Toutes les meufs sont trop à fond dessus". Elle l'avait d'ailleurs surnommé le bogoss du bus.

Et effectivement ça gloussait à fond dans le bus.

Toutes ses filles, âgées de 16 à 22 ans en moyenne, en pleine ébullition d'hormones!! Elles ne faisaient que le regarder et rigoler nerveusement, béatement, pendant que lui, se sentant certainement traqué, regarder son journal ou son téléphone. J'ai bien du glousser quelque fois de manière complètement idiote, moi aussi, je pense.

Allez, une petite photo de beau gosse pour que tout le monde bave avec moi!

La plupart du temps, il voyageait seul. C'est à dire : le fauteuil libre à côté de lui. Les filles aimaient le regarder de loin, mais pas se trouver près de lui. La place à côté de lui était donc disponible, toujours, genre "ceci est un fauteuil sacré, ne pas s'asseoir dessus s'il vous plait!".

Un soir de novembre, après une très mauvaise journée de TP de chimie, n'ayant absolument pas envie de me mettre au fond du bus avec les lycéens écoutant à fond la musique rap sur leur téléphone (sans écouteurs bien évidemment), j'ai regardé la place à côté de lui.

Et j'ai demandé "je peux ?". Et il a dit oui !

Les filles du bus ne l'ont plus ramené pendant quelques minutes. Et moi, je savourais d'être moins chahutée, ce qui était plutôt fort agréable.

Puisque je l'avais fait une fois, il n' y avait pas de raison que je ne recommence pas. Alors, à partir de ce jour, dès que je montais dans le bus, je m'asseyais sur ce siège, à côté de lui. Au fil des voyages, je l'observais un peu plus. Sans le fixer le nez collé à lui, ça ne l'aurait pas fait hein!

Plus je le regardais, plus je le trouvais charmant. Et chaque fois que son regard croisé le mien, je devenais toute rouge (ça, par contre, il a bien du le remarquer...) Un jour, j'ai réalisé qu'en fait, il me guettait par la fenêtre du bus. Et quand il me voyait, si une personne montée avant moi dans le bus demandait si la place était libre, il disait non. Sans me connaître, sans savoir qui j'étais ou ce que je faisais, il me gardait une place. Cette place à côté de lui.

Alors je répondais merci. Voilà, pendant presque un an, notre conversation s'est résumée à "bonjour" "la place" "au revoir" "merci". Jamais une autre parole n'est venue perturber cette étrange routine. #voilavoila.

Quand le printemps est revenu, le bus a commencé à se vider. Les places se sont faites plus nombreuses. Je n'ai pas voulu abusé et je me suis placée sur un siège de libre, juste derrière lui.



J'ai cru voir un regard un peu déçu. Et surtout, il s'est retourné toutes les 10min me regardant, ses écouteurs toujours aux oreilles, me souriant. 

Cette attitude m'a tellement fait sourire que je me suis remise dès le lendemain à côté de lui.

Puis est venu l'été... La fin des cours... Mon job étudiant plus vraiment aux horaires des bus... Mon déménagement sur Lyon, suivi de l'arrivée dans mon appartement de celui qui est aujourd'hui mon mari. La vie quoi, avec ses péripéties et toutes ses choses que l'on ne maîtrise pas.

C'est marrant, mais en écrivant ces mots, je me souviens exactement de l'ambiance du bus, de son sourire, des odeurs de cette époque, de la façon niaise dont je devais rougir. Je me souviens de tout ça, et je me dis que j'aurais bien aimé lui dire au revoir.

Lui dire "bonsoir, moi c'est Déborah et je prends le bus pour la dernière fois aujourd'hui. Et vous, c'est quoi votre petit nom ?". Mais j'ai été bien trop timide sur ce coup là. Et lui n'a jamais osé non plus me direz vous...

 Je suis peut-être passée à côté d'une histoire, d'un grand amour. Ou simplement, était il bien élevé, et respectueux des personnes qui l'entourent. Juste sympathique. Parfois je me dis que c'est sûrement le destin. Si nous étions fait pour être ensemble, cela serait arrivé, l'un de nous aurait trouvé le courage de le faire. Et en m'évitant de tomber dans ses bras, le destin m'a éviter de me faire briser le cœur une nouvelle fois, ou de me laisser embobiner par un pervers narcissique, ou un psychopathe. Tout ça, on ne le saura jamais.

Ce que je sais en tout cas, c'est qu'après un an de voyage à sa gauche, j'aurais aimé connaître une seule chose : son prénom.


Allez, pour la route, un petit Jean Jacques Goldman : je voudrais vous revoir





1 commentaire:

  1. Peut-être qu'il va tomber sur cet article et se reconnaîtra !

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A bientôt