jeudi 17 mars 2016

La nonna est partie...

La semaine dernière, ma grand-mère est partie. A 84ans, en pleine nuit, elle a fait une sorte de crise cardiaque et s'est éteinte pour toujours.

C'était ma dernière grand-mère. La dernière représentante de cette génération de personne dans ma vie. Je devrais être atteinte, mais dans ma tête, je crois que cette idée, ce chapitre de ma vie avait déjà mûri.

Sur le coup, je n'ai pas trop réagi (comprendre : je n'ai pas pleuré, je ne me suis pas roulée en boule dans un coin complètement désespérée, j'ai réussi à trouver le sommeil la nuit d'après). Il faut dire que je n'étais pas spécialement proche de ma grand-mère, alors que j'ai vécu pendant presque 20 ans à côté d'elle. Elle n'a jamais été une grand-mère très aimante, très démonstrative, si bien que je ne sais pas trop trop ce qu'elle pensait réellement de moi (et en fait, je m'en fou royalement!).

Elle aimait beaucoup faire des histoires avec tout le monde, particulièrement avec ma mère. Je crois que du coup, j'ai mis un peu des barrières face à son contact, jusqu'à m'en détacher complètement. Je ne l'appelais jamais et de toute façon, elle me le rendait bien. Je devais certainement faire un effort pour mon père, les jours de fêtes des grands-mère et d'anniversaire, tout en sachant très bien qu'elle oublierait une fois encore le mien. C'était étrange de se dire que sa propre grand-mère ne pense pas à nous, quand les grands-parents de mon époux m'appelaient systématiquement.

Elle n'a jamais, non plus, été d'une nature très optimiste, un peu tout le contraire de beaucoup de gens dans la famille. Surtout ces derniers temps où, peut-être, elle se sentait partir. La moindre petite blessure devenait pour elle une épreuve insurmontable. Elle ne cessait de nous répéter, chaque fois que l'on venait la voir, qu'elle souhaitait mourir, qu'elle souhaitait partir, qu'elle en avait marre d'être seule et de vieillir. Mon père revenait chaque fois de chez elle dans un état lamentable. C'est ça qui était le plus dur pour moi, pour nous tous, de le voir revenir complètement dépité comme ça.




Ma grand-mère est partie, et je me suis trouvée insensible à la douleur et à la peine. Je n'ai pas versé une larme à l'enterrement, pas une larme lors du transport du cercueil. Je regardais le corps inanimé de ma grand-mère en me disant "elle a un air encore plus méchante que d'habitude". Alors que mon père était complètement effondré, en pleine crise de culpabilité alors qu'il s'en ai occupé jusqu'au bout comme peu d'enfant le font pour leurs parents, moi j'étais calme, je regardais devant, je restais là, sans aucune réaction ou émotion.

J'ai écouté la messe, à l'enterrement, le plus calmement possible. Le discours du prête était assez optimiste, pour une fois je n'ai pas trouvé ça rasoir, barbant. Par contre, quel personnage! Quel sacré numéro! Il a sorti des trucs improbables sur ma grand-mère, comme quoi elle voulait évangéliser la France, qu'elle venait de Rome, et je ne sais quoi encore... Ah oui, à un moment, il s'est même trompé de prénom! Je me suis mordue très fort la lèvre pour ne pas mourir de rire... Je suis bon public, mais à un enterrement, c'est pas possible ! Et je voyais mon père qui râlait dans sa barbe "à 150€ la messe, quel excroc...".

Le week-end a été long. Hyper long. De la famille à n'en plus finir à la maison, des allées-retours entre la maison de la grand-mère et chez nous, des courses pour nourrir tout le monde... j'étais contente de rentrer sur l'Isle d'Abeau, dimanche soir. Au calme, dans mon foyer aimant, sans stress ni cigarette, juste moi et mon Chéri d'Amour loin de tous ces fous.

La nonna est partie. Je n'entendrais plus hurler après mon père en Italien. Je n'irais plus chercher une boîte d'oeufs à la campagne. Je ne verrais plus arriver un méga plat de polenta ou de pâte bolognaise à chaque fois que l'on prévoit un repas (elle voulait même en ramener au traiteur, le jour du mariage, des fois que certains n'aiment pas le repas... la HONTE!!).

La nonna est partie... Je cherche désespérément des bons souvenirs, que je garderais éternellement d'elle, que je pourrais rappeler à mes enfants... mais je n'en trouve pas. Je me souviendrais de ces expressions, de son sacré caractère, de sa maison et que, jusqu'à mes 28 ans, j'ai eu la chance de connaître ma grand-mère...




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