mercredi 1 juin 2016

L'Eau Des Collines - Marcel Pagnol


L’eau des collines, c’est une série de deux romans de Pagnol : Jean de Florette et Manon des Sources.

Dans ces deux oeuvres, on retrouve les villages de Provence, dans les collines si chères à l’auteur.

Les descriptions des lieux, les détails sur les odeurs et les personnes nous rappellent grandement les descriptions faites dans les romans de La Gloire de mon Père et le Château de ma Mère.

On est replongé dans les mêmes atmosphères, dans ce milieu rurale et cette vie paysanne à la provençale.

On retrouve aussi des thèmes récurrents chez l’auteur : les amours extra-conjuguaux, la peur du déshonneur sur la famille si un enfant hors mariage venait à naître, les petits coups bas entre voisins, les bagarres entre villages ennemis, l’église et la politique…

Dans le premier roman « Jean de Florette », on découvre le village des Bastides, ses habitants, leurs querelles de familles, leurs ennemis du village voisin de Crespin.


Comme dans tous les villages, il y a des anciens, des phénomènes de la vie, des figures historiques. Pique-Bouffigue, de la famille des Camoins, en fait partie. Un peu bourru, très isolé, il se retrouve malheureusement un jour au coeur d'une bagarre avec ses voisins et en meurt.

Dans son héritage, il laisse une très belle ferme et le terrain tout autour avec une source, qui permettrait d’exploiter le champ et de faire fortune. Ce dernier point, n’a pas échappé au Papet Soubeyrans, une autre ancienne famille qui règne sur les Bastides. Et pour perpétrer son nom et permettre à son filleul Ugolin, dernier vivant des Soubeyrans de faire des affaires, il est prêt à tout pour récupérer cette terre et cette source.

Même à regarder mourir toute une famille, les descendants de la famille Camoins, venue s’installer pour profiter de cet héritage de famille…

On s’attache très vite, dans ce roman, à cette famille : Monsieur Jean, dit Jean de Florette, est un charmant monsieur bossu. Si cela est quelques peu handicapant pour lui, cela ne l’empêche pas d’être un travailleur acharné, prêt à tout pour mener à bien son entreprise : un élevage de lapins.


Il s'installe dans cette ferme avec sa femme, la mondaine Aimée, amoureuse corps et âme de son époux, soutient sans faille pour son homme et leur fille, la petite Manon. Déjà fort belle pour son jeune âge, mais hyper méfiante sur le monde, très sauvage avec les gens. Elle préfère d’ailleurs la compagnie des collines et des chèvres que celle des villageois.

On ne peut qu’être émue en lisant ce premier roman, face à la détresse et l’acharnement de Jean à mener à bien son entreprise. On ne peut qu'être abattu de le voir sombrer dans le vin et perdre un peu sa raison, alors qu’il est très instruit, et que son entreprise avait tout pour tenir la route ! On ne peut que s’indigner de voir qu’au village, tout le monde sait que cette terre vaut de l’or mais que, sous prétexte qu’il vient de la ville et qu’il est originaire d’un autre village, chacun s’occupe de soi et personne ne lui parle ou ne lui apporte la moindre petite aide.

Ils se révèlent être ainsi tous des criminels, tous des complices du plan diabolique du Papet Soubeyrans.

On ressent beaucoup d’injustice et de rage lorsqu’il décède, à bout de force, dans un stupide accident et que le plan des Soubeyrans, pour récupérer cette ferme et sa source, arrive à sa fin. Quand la petite Manon hurle de rage après avoir vu le Papet et Ugolin découvrir la source, on a envie d’hurler avec elle.

Manon des sources reprend l’histoire quelques temps plus tard. Dans le village, la vie continue… Les mêmes habitants, à deux ou trois personnes près. Notamment, un jeune et bel instituteur qui a rejoint l’école.


Du côté des collines, Manon a grandi et s’est épanouie, en tant que bergère. Elle vit avec sa mère et Baptistine, sa plus fidèle amie. Si Aimée devient un peu folle dans cette vie rurale, Manon et Baptistine se serrent les coudes et survivent grâce à la vente d’aromates, de quelques oiseaux braconnés et de fromages de chèvre.

Ugolin est arrivé à ses fins : il a fait fortune dans les œillets, ses récoltes sont magnifiques sur ce grand champ, parfaitement arrosé par la source… Il ne lui manque qu'une chose : une femme et des enfants. Et pour cela, il n'a qu'une idée en tête : épouser Manon, pour qui il brûle d’amour.

Mais celle-ci a toujours eu une profonde aversion pour lui. Et cela ne s’arrange pas quand Manon apprend, alors qu’elle épie une conversation, que ce n’est pas la chance qui a permis à Ugolin de retrouver la source, sur son terrain.

Non, lui, le Papet, et la plupart des villageois savaient très bien que cette source existait. Mais plutôt que d’en parler, ils préféraient rire du handicap de son père. 

Manon, folle de rage, se rend alors dans la grotte où naît l’eau de la Source qui fait le bonheur de toutes les récoltes du village et elle la bouche, histoire de voir s’ils ont toujours envie de rire…C'est sa façon à elle de venger son pauvre père !

C’est marrant de voir alors, toutes les folies qui peuvent traverser les esprits afin de retrouver l’eau : les prières et processions, l’appel d’ingénieur en orographie, le jeté de sorts… Tout y passe ! Des choses les plus terres à terres aux choses les plus mystiques !


Grâce à l’amour et le soutien de l’instituteur et des quelques villageois qui ont essayé de venir en aide au pauvre Jean de son vivant, Manon accepte de créer « Le Miracle » et de remettre l’eau au village. Grâce à l’intervention divine du Curé, chez qui certainement plusieurs villageois se sont confessés, la scandaleuse attitude d’Ugolin et du Papet éclate au grand jour ! Cela n’est pas bon pour Ugolin, qui voit bien combien Manon est dégoûtée à sa vue et en sa présence. De désespoir, le pauvre homme se suicide, laissant le Papet tout seul, dernier de sa famille, de sa lignée.

Mais le Papet, est il vraiment le dernier Soubeyrans ? Au détour d’une magnifique et tragique conversation avec la vieille Delphine, il apprend une douce mais triste vérité sur sa descendance… Franchement, ce dialogue est magnifique ! les rebondissements qu’il contient sont juste remarquables ! du grand Pagnol : on croit que c’est fini mais non :il y en a encore ! Honnêtement, c’est un des magnifiques passages à retenir de cette œuvre !

Les deux romans de l’Eau des Collines se lisent toujours aussi facilement. Nous sommes transportés dans les merveilleux paysages de Provence, autour de personnages plus attachants les uns que les autres. Ce que j’aime, c’est qu’ils ont tous un rôle, on ne doit en négliger aucun, car, c’est toujours des plus secondaires que viennent les plus forts rebondissements.

J’ai beau savoir que Pagnol adore faire ça, je me fais toujours surprendre. Amoureux des histoires de village, je ne peux que vous recommander de découvrir ces deux romans.





2 commentaires:

  1. j'ai vu les deux films, mais curieusement je n'ai jamais lu les livres!!! un classique en plus! tu m'a donné envie de retrouver les livres et de replonger dans cette histoire!

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A bientôt